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Voici les "Bonnes Adresses" qui vous sont proposées par les étudiants de la section "Tourisme" du lycée Giocante de Casabianca...

 

Lu dans "Le Monde" du 19 août :

La Haute-Corse à couper le souffle : Dominique Murat "Méditerranée Magazine"
Parmi les 1 504 kilomètres de randonnées possibles à parcourir à vélo, le nord de l'île est un enchantement de cinq jours.

PREMIER JOUR, BASTIA, 8 H 30
Derniers réglages avant de se lancer sur la côte est du cap Corse. La route suit la mer Tyrrhénienne, entre basse corniche et marinas, puis grimpe à Luri, surplombant le maquis. Petite pause à Macinaggio, avant le nord du cap, annoncé par ses éoliennes. Un premier col mène au belvédère du moulin Mattei, et déjà la côte ouest, sauvage, plus à pic, se dessine. De Pino, quelques lacets s'élèvent vers la moyenne corniche, avant de mener, quelques criques plus loin, à Nonza, en équilibre sur la falaise. C'est ici que Paoli rendit les armes, en 1768, face à l'armée de Louis XV. Une fois le plein de charcuteries effectué, on roule vers Patrimonio, au milieu de l'AOC du cap Corse, avant de rejoindre Saint-Florent, ville étape.

DEUXIÈME JOUR, LOURD TRIBUT À LA ROUTE
Le lendemain, dès l'aube, direction le désert des Agriates, à la végétation si maigre qu'affleure partout le sous-sol calcaire. La route sinue jusqu'au point haut du Bocca di Vezzu. Après en avoir dévalé les pentes pelées, il faut quitter la Balanina pour une voie défoncée, difficile à dénicher - panneau rouillé annonçant "Plaine de Novella". Cette voie mène dans une prairie bordant la rivière Ostriconi, puis s'élève à travers les oliviers jusqu'à Novella, un de ces bourgs marqués par la désertification. Ce qui fait dire à cette villageoise : "Il y a bien des personnes pour venir y chercher des souvenirs, mais tous les souvenirs sont au cimetière !" Touche plus optimiste, la gare, rachetée par le maire, a été transformée en gîte pour éviter sa destruction.

Passé la vallée suivante, l'ascension du Bocca a Croce se fait par l'ancienne route forestière ; celle-ci fit au XXe siècle l'objet d'un "troc" entre le village d'Olmi-Cappella et une compagnie qui finança sa construction en échange de l'exploitation de la forêt. Résultat : il ne reste pratiquement plus d'arbres... Un vide que comblera bien vite la future forêt de Tartagine.

A Pioggiola, une petite étape dans une bonne auberge donne les forces nécessaires pour attaquer le col de Batalla (à 1 040 mètres) et ses sautes de température. "Notre île est une montagne dans la mer, on peut y mourir de froid en plein été, à une heure des plages. Mieux vaut donc être bien équipé", nous avisait un ami corse. Calvi sera la bienvenue.

TROISIÈME JOUR,QUEL PAYSAGE !
Fraîcheur, solitude, corps reposés, esprit serein... Après avoir quitté la citadelle aux aurores, les premières rampes du col rappellent à la dure réalité. A l'arrêt, pour enfiler un coupe-vent, on peut jouir du paysage qui n'a rien à envier aux grands cols alpins, bien que le Bocca di Marsolinu ne soit qu'à 443 mètres. Peu après Galéria, la route s'élève progressivement, puis serpente à flanc de montagne, en épousant chaque contrefort. Au loin, le golfe de Porto et le village de Girolata, cerné d'une eau turquoise.

Une descente puis une remontée vers le Bocca a Croce - autre col tout aussi pentu que celui cité plus haut - et le décor se fait moins sauvage, et beau à couper le souffle : précipices, golfe, surplombs rocheux... La chaleur aidant, le maquis exhale ses parfums, anisés, de figuier puis d'eucalyptus à l'entrée de Partinellu. Plongée sur Porto avant d'observer de haut les formes déchiquetées des calanche de Piana. Plus pentus, plus fréquentés, mais quels paysages ! Au tour, ensuite, de Cargèse, qui comble les regards avec ses deux églises, chrétienne et orthodoxe. Viendra encore Sagone, bordée d'une plage à la beauté tentatrice, puis Vico, point final de la journée.

QUATRIÈME JOUR, LE PLUS LONG
Cette étape de 170 kilomètres débute rudement sur les rampes du col de Sevi, au-dessus du couvent Saint-François, puis grimpe vers le col de Vergio, le plus haut de Corse, à 1 470 mètres. La route traverse la forêt d'Aïtone et ses immenses pins laricio dont les troncs rectilignes servirent aux marines royales pour fabriquer les mâts des bateaux. Peu avant Albertacce, le Golo, rivière vive comme un torrent, a creusé des vasques polychromes, parfaites pour le canyoning, et taillé, 15 kilomètres plus loin, la fantastique gorge de la Scala di Santa Regina.

Flancs granitiques à pic, voie en surplomb du ravin, petite musique des avertisseurs à chaque virage... Ivres de trop d'immensité, on traversera aussi vite que l'éclair la citadelle de Corte assaillie de touristes. Cap sur la région de Bozio, restée, elle, très longtemps isolée. Riche de sa seule forêt de châtaigniers et berceau des chants polyphoniques, voilà tout son patrimoine. La route monte régulièrement à travers bois jusqu'à offrir un panorama de basse montagne, écrasée dans le lointain par la masse enneigée du Monte de Oro. Cinq kilomètres plus loin apparaît Erbajolo, ce village du bout du monde où se cache L'Altu Pratu, une ferme-auberge dont les produits naturels et le vin combleront toutes les appétences.

Convivialité garantie encore avec un hôte intarissable sur sa région : c'est à quelques pas d'ici, à Alando, que Sambucuccio a mené, au XIVe siècle, la révolte contre les féodaux affiliés au royaume d'Aragon et qu'a été édictée la trêve du Commun, proclamant la destruction des châteaux environnants et la redistribution des terres. "Surtout, ne passez pas entre le haut du col suivant et la fontaine s'il y a un orage, recommande-t-il. La foudre y tombe systématiquement. Vous verrez les marronniers tout calcinés." L'endroit, en effet, est bordé de troncs déchiquetés... La route navigue ensuite en pente douce au milieu d'une épaisse forêt puis gagne un dernier col qui nous hisse au-dessus de Moïta. Cervione aligne ses belles maisons ocre avant une dernière descente sur Prunete, où une excellente chambre d'hôte et un plongeon dans la mer concluent l'étape.

CINQUIÈME JOUR,UN DERNIER REGARD
45 kilomètres nous séparent de Bastia. Peu après Casamozza se dévoile la belle église solitaire de la Canonica. Une fois gagnée la route principale, après le stade de Furiani, on ne pourra s'empêcher de faire un petit crochet par le col de Teghime, annoncé par les mulets sentinelles... Un dernier regard vers la côte méditerranéenne avant de plonger en direction de Bastia, où nous attend le ferry. Paysages vierges, silence, parfums, saveurs, rencontres... Nous avons frôlé de si près cette âme corse qu'elle nous rend difficile la séparation. Mais nous reviendrons, c'est sûr.

 

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Dernière modification : 19 August 2003